« La clef, c’est expliquer à chacun l’impact de ses actions sur le cash de l’entreprise. »

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Nicolas Quintin

« La clef, c’est expliquer à chacun l’impact de ses actions sur le cash de l’entreprise. »

Nicolas Quintin est DAF du groupe de grande distribution Match France et ancien DAF du groupe Sport 2000. Il a assisté ces dix dernières années à l’avènement du cash comme indicateur clef des entreprises. Il raconte à CashLab le rôle qu’il a tenu dans la prise de conscience collective des problématiques liées au cash et l’évolution des pratiques.

Comment le cash s’est-il imposé comme une donnée primordiale en entreprise et quelles actions avez vous dû entreprendre en temps que DAF ?

Je suis arrivé chez Sport 2000 il y a 8 ans, à l’époque c’était une coopérative d’adhérents qui n’avait pas pour objectif de faire du profit. Puis, en 2008, le groupe a décidé de procéder à une levée de fonds pour créer un réseau mixte alliant (1) des indépendants rassemblés sous l’enseigne « Sport 2000 » et (2) des magasins propres qui appartiendraient au Groupe. Nous nous sommes ainsi retrouvés à la tête de 105 millions d’euros d’equity et de dette à gérer. Pour ce faire nous avons :

–       Mis en place une culture cash au sein de l’entreprise pour mobiliser l’ensemble des opérationnels autour de la bonne gestion du cash. Nous avons commencé par sensibiliser la direction. Tant pour sa capacité à communiquer autour du sujet que pour l’aider à mesurer l’impact de certaines décisions sur le cash.

–       Mis en place des outils de reporting et notamment un tableau de flux de trésorerie. Il permet à tous de comprendre l’impact de ses propres actions sur le cash dans l’entreprise. Il était important que chacun ait une vision concrète de son rôle dans la gestion du cash.

–       Fixé des objectifs liés au cash à tous les opérationnels.

–       Recruté un cash manager. Il est nécessaire de pouvoir compter sur quelqu’un qui connaisse tous les rouages du cash, maîtrise les systèmes d’information et la comptabilité. Un cash manager est plus qu’un trésorier.

Comment s’est passée votre prise de fonction chez Match France, un groupe où le commerce a un poids plus important ?

Historiquement, le groupe Match avait une culture très « contrôle de gestion ». La encore il a été nécessaire de travailler à la mise en place d’une culture cash.

–       Nous avons organisé des groupes de travail avec les DAF du Groupe afin de fixer des objectifs communs et coordonner nos actions.

–       L’accent a été mis sur la formation de manière concrète. Des clefs USB « culture cash » contenant des supports pédagogiques ont été réalisées et distribuées dans l’entreprise.

–       Nous avons aidé à la rédaction d’une feuille de route à l’attention des directions opérationnelles quant à leur implication dans la gestion du cash.

–       Nous avons dû réapprendre aux opérationnels à mesurer leur efficacité. Auparavant, ils ne juraient que par le chiffre d’affaires réalisé. Nous avons dû leur expliquer l’impact de la bonne gestion des stocks et de la réduction des frais sur le cash.

–       Mise en place d’un KPI commun à tout le groupe : la variation de dette nette. C’est désormais le premier indicateur montré aux dirigeants du groupe.

Quelles actions sont menées pour faire diminuer cette dette ?

Elle est désormais intégrée aux budgets et aux prévisions de trésorerie réalisées mensuellement sur Excel avant d’être intégrée dans un logiciel de gestion. C’est en fonction de cette dette que sont établis trimestriellement nos objectifs.

A la fin de chaque trimestre, les DG doivent faire un compte-rendu de leurs actions cash au président du groupe. Ce la nous aide à identifier les points à améliorer.

Avez-vous constaté une évolution de marché en 10 ans ? Avec le recul, auriez-vous fait certaines choses autrement ?

Le contexte actuel rend plus difficile l’accès au financement ce qui force la prise de conscience du retard pris par la France en matière de gestion du cash. Les sociétés en LBO pour qui le cash est un élément clef depuis longtemps ont aujourd’hui une longueur d’avance. Le problème est culturel dans notre pays. Les français pensent que les banques seront toujours là pour assurer leurs financements. Le DAF doit être l’aiguillon de cette prise de conscience.

En résumé, quels sont selon vous les éléments indispensables à la bonne gestion du cash ?

L’essentiel c’est la pédagogie. Elle prime sur les outils. Il faut que tout le monde comprenne que la bonne gestion des stocks et des coûts est aussi importante que le fait de faire du chiffre d’affaires. La mise en place de la culture cash doit d’abord se faire au niveau de la direction. Il revient ensuite à chacun de transmettre cette culture à ses n -1. La principale difficulté reste de trouver les bons mots pour être compris de tous. La clef, c’est expliquer à chacun l’impact de ses actions sur le cash de l’entreprise.